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II. COMMENT AMÉLIORER LE TEXTE DE ZIEGLER
La quasi-totalité des critiques que nous avons formulées sur la ponctuation de
l'édition de Ziegler devraient être reportées sur celle de Rahlfs. Mieux vaudrait se
contenter de regretter que Ziegler ait suivi trop docilement les choix souvent non fondés
et parfois erronés de Rahlfs. Il est frappant de constater que cette influence excessive de
l'édition de Rahlfs s'est exercée parfois aussi sur les choix textuels de Ziegler éditeur.
Alors que son apparat critique offrait cependant de réelles possibilités de critiquer
certains choix de Rabhlfs, Ziegler a souvent laissé ces possibilités inexploitées{2 Avant
de discuter de ce point, commençons par montrer l'apport précieux que constituent pour
l'établissement du texte du G certains témoins que Ziegler ne connaissait pas, ou bien
qu'il n'a pas mentionnés.
A. Témoins du 6 d'Ézéchiel nouveaux ou inexploités par Ziegler.
Lorsque Ziegler publiait ses éditions d'Ézéchiel (1952) et de Daniel (1954),
seulement les parties du papyrus 967 conservées dans les collections Chester Beatty et
John H. Scheide avaient été publiées. De 1968 à 1977 les parties conservées à Cologne,
Madrid et Barcelone sont venues s'y ajouter. En 1977, Detlef Fraenkel a enrichi une
réédition d'Ézéchiel par un supplément intégrant ces nouvelles données. Nous
voudrions montrer par quelques exemples que les choix textuels de l'édition du 6
d'Ézéchiel mériteraient d'être assez souvent modifiés grâce à ce nouvel éclairage apporté
à l'histoire du texte de ce livre. Comme nous le verrons, ce témoin nouveau nous
permettra aussi de mettre mieux en valeur l'apport d'un autre témoin trop peu utilisé par
la critique contemporaine: la polyglotte d'Alcala, édition princeps du 6.
1. Le papyrus 967
a) Éz 40,9. En CT3 318,11-19 une étude de la mise en pages du ms Vaticanus
nous a montré que c'est vraisemblablement en lui qu'a eu lieu, à l'occasion de
l'achèvement d'une colonne la chute par homéotéleuton de rs mÜAns Éower Loov Tà
Ka\apiw kal SLEpLÉTpnoE Td aLAai Jusqu'ici le ms Alexandrinus (et des minuscules
dépendant de lui) semblait être le seul témoin grec important qui ne soit pas tributaire de
cet accident. La partie de Madrid de 967 vient maintenant confirmer ce témoignage de
l'Alexandrinus et la convergence de ces deux témoignages se trouve encore renforcée
par celui du ms de St-Gall430 de la Vetus Latina qui atteste: “porte interius æqualem
arundini et mensuram fecit ælam” (alors que le palimpseste de Würzburg#3 est encore
plus gravement mutilé que le Vaticanus). Aucune des éditions du 6 (en dehors de celle
de Grabe qui entend reproduire le ms Alexandrinus) n'a, jusqu'ici, réparé cet
homéotéleuton.
b) Éz 40,14. En CT3 322,11-17 nous avons montré comment 967 (Madrid),
avec son abréviation K, nous permet de comprendre comment (en conséquence d'une
déformation, deux mots auparavant, de éEñkovta en EwBev) on est passé de
l'explicitation authentique en Kai (attestée encore par la recension origénienne et par
Jérôme) à une fausse explicitation en elkoor Ici encore, il faudrait corriger le texte du G.
c) Éz 40,31. En CT3 332,35-37 nous avons noté le précieux appui que 967
(Madrid) apporte aux deux seuls anciens témoins connus jusqu'ici (le Vaticanus et le
palimpseste de Würzburg) de la leçon Toù aurai (au lieu de Kai at\apyiw que Rahlfs (=
Ra), puis Ziegler (= Zi) avaient préférée). Ajoutons qu'en réalité tous trois offrent la
leçon Toû a ap au lieu de Kai at \appw8 kükAw pros TÉLTE Kai Elkoot mixeur Kai
TAGTOS TÉVTE mixEu Kai atapw des autres témoins. Or Ra (suivi par Zi) n'est pas
logique lorsqu'il suit nos trois témoins pour omettre les 12 premiers mots de cette lon-
gue leçon (voyant là, à juste titre, un ajout recensionnel fondé sur le M), puis les quitte
pour préférer les deux derniers mots de cette leçon (dont il vient de refuser le début)
sans se rendre compte qu'eux aussi sont issus d'une recension de Toÿ a Aa sur le M.
429 Dans mon compte-rendu de son édition d'Ézéchiel (RB 60, 1953, 609 = Études 36) j'avais critiqué,
à partir de son apparat critique, un certain nombre de choix de Ziegler concernant des transcriptions de
toponymes. Mais je ne m'étais pas rendu compte que presque toutes ces transcriptions — selon moi,
critiquables —avaient été empruntées à Rabifs.
430 Dold, 248.
431 Ranke, 109.